Pour inaugurer le format Grandes Histoires, Pool Pro Time reçoit Richard Chouraqui, figure emblématique du secteur de la piscine, qui retrace plus de 65 ans d'évolution du marché français, entre innovations techniques, structuration du métier et valeurs humaines fortes.

La grande histoire de Richard Chouraqui


Invité de Pauline, Richard Chouraqui partage son vécu exceptionnelle dans le monde de la piscine

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Transcript de l'épisode

Bienvenue sur le podcast Pool Pro Time, le podcast des pros de la piscine !

Pool Pro Time, c'est le premier podcast français créé pour les professionnels de la piscine et du spa.
Avant de démarrer la journée, devant un café ou tout simplement en route pour le chantier, prenez le temps d'écouter les conseils, les actualités et les parcours inspirants de ceux qui font et ont fait l'univers de la piscine.Ce podcast est produit par IMC, le groupe média numéro 1 dans l'univers professionnel de la piscine et du spa en France et à l'international.Qui vous livre les actualités du secteur tous les deux mois avec le magazine papier Spécial Pro ou en continue sur Internet avec Eurospapoonews.com et ses réseaux sociaux associés. Pool Pro Time, c'est votre rendez-vous toutes les deux semaines.
Je suis Pauline et c'est parti pour l'épisode du jour !

Pauline Kara-Mikinda : Aujourd'hui, pour inaugurer notre format d'épisode qui retrace les grandes histoires des acteurs de l'univers de la piscine, j'ai la chance de recevoir Richard Chouraqui. Richard, c'est un homme qui a une vie bien remplie dans l'univers de la piscine et qui a traversé toutes les grandes évolutions du secteur. Dans cet épisode, Richard nous retrace les temps forts d'une expérience de 65 ans en appuyant sur des valeurs humaines fortes qui, je suis sûre, vont vous parler. Je vous laisse avec l'épisode.
Bienvenue dans cet épisode de Pool Pro Time. Comment allez-vous ?

Richard Chouraqui : Bonjour Pauline, ça va impeccablement bien, tant que je vous vois bien, ça va bien.

PKM : Richard, je vous remercie d'être le premier à inaugurer ce nouveau format qui fait place aux grandes histoires de ceux qui font et ont fait le secteur de la piscine et du spa. Alors Richard, je vais être honnête avec vous, moi ça fait maintenant dix ans que je travaille dans le milieu de la piscine et du spa et à l'époque où j'étais lectrice de Special PROS et d'EuroSpaPoolNews, je voyais vos chroniques que je trouvais très sympathiques et je me disais « mais qui est donc ce monsieur que je vois à chaque fois en photo en début du magazine » ?
Et je n'avais aucune idée en fait de tout ce que vous aviez fait dans l'univers de la piscine et je vous avoue qu'aujourd'hui je suis très contente qu'on puisse en parler parce que je sens que je vais apprendre plein de choses. Pour commencez, je vous laisse vous présenter pour nos auditeurs.

RC : Je suis arrivé d'Algérie en 1962 et je suis rentré dans le milieu de la piscine en entrant dans la société Culligan qui ne fabriquait pas de piscine mais qui vendait des filtrations sur diatomées notamment pour piscines privées et collectives.

PKM : Votre particularité, Richard, ça c'était le début de votre carrière, mais vous, votre particularité c'est que vous avez démarré votre carrière en même temps que le produit piscine qui s'est vraiment implanté en France et vous avez un peu traversé toutes les étapes. Donc vous avez commencé dans cette entreprise et ensuite qu'est-ce qui s'est passé ?

RC : Voilà donc Culligan a évolué très favorablement, je me suis passionné dans le traitement de l'eau et notre PDG de l'époque, Alain Brenos, nous a demandé à cinq cadres de donner notre démission pour créer une société qui s'appelait Puraqua. Puraqua était une nouvelle société qui devait vendre du matériel de traitement de l'eau pour l'eau potable et également les piscines. Et c'est là où je me suis intéressé aux piscines. Malheureusement Puraqua, a déposé le bilan et j'ai dû créer ma propre société pour représenter les produits CHEMOFORM. CHEMOFORM était fabriqué en Allemagne, CHEMOFORM existent toujours en Allemagne à Wendlingen. Et j'ai commencé à vendre des produits pour collectivité dans des piscines municipales où il n'y avait pas du tout de produits d'entretien spécifiques pour piscine. Et là il y a eu vraiment une demande tant sur le plan de l'entretien que sur le plan de la désinfection. Je me suis intéressé bien sûr à la désinfection de l'eau et là de fil en aiguille je me suis intéressé à la piscine privée qui démarrait très fort dans les années 72 par là où la société Florida a importé des panneaux en acier des Etats-Unis. Un certain monsieur Odier qui a inondé un peu la France avec des concessionnaires Florida pour créer donc des piscines privées qui démarraient à peine en France. Donc les piscines se faisaient à l'époque mais elles étaient toutes en béton et faites par des sociétés de construction de renom. Voilà un peu comment ça a commencé la piscine en France.

PKM : Et vous, vous avez observé justement les débuts à travers votre activité chez CHEMOFORM c'est ça ?

RC : Voilà au début donc chez CHEMOFORM et ensuite j'ai créé ma société avec une participation de CHEMOFORM qui s'appelait Hydrochim. Là nous avons fabriqué à Saint-Germain-en-Laye des produits pour piscine que nous revendions donc aux pisciniers d'une part et aux piscines collectives d'autre part. A l'époque il existait environ 500 à 600 piscines collectives en France donc pas beaucoup et très peu de piscines privées donc le démarrage a été très très long. Par contre les concessionnaires qui vendaient des piscines modulaires se sont démultipliés et il y a eu des très bons professionnels qui ont fait des choses fantastiques et puis au contraire des gens qui se sont lancés dans la piscine sans rien connaître du tout et qui ont fait quand même des bassins qui étaient plus des grosses baignoires que des piscines. Donc tout ça s'est bien formulé et dans les années donc je vous dis 75-76 où nous avons assisté vraiment à un développement important de la piscine privée.

PKM : Et du coup dans la suite de votre carrière donc vous étiez à la direction de l'entreprise que vous avez créée c'est ça que vous avez revendu par la suite ?

RC : Voilà au départ donc j'ai créé la société Hydrochim dans la région parisienne, ensuite nous avons déménagé à Amboise grâce à monsieur Michel Debré qui nous a accueillis et qui a organisé notre arrivée en zone d'industrie à Amboise et d'une petite société qui faisait trois personnes, je l'ai vendue en l'an 2000 alors qu'elle avait plus de 200 personnes à la société All In qui fabrique le HTH aux Etats-Unis.

PKM : Quelle aventure et depuis les années 2000 qu'est-ce que vous faites Richard ?

RC : Vu le développement de la piscine qui a été pour moi un véritable parcours très intéressant où j'ai rencontré des gens merveilleux, des vendeurs fantastiques, des amis également puisque dans ce milieu on a donc créé la chambre syndicale de la piscine dont j'étais administrateur et maintenant ça se passe très très bien où je suis simplement un observateur bien sûr. Et la piscine a pris une extension énorme grâce donc à des gens comme Jean Desjoyaux par exemple, Jean Desjoyaux était quelqu'un qui avait une entreprise de béton, il fabriquait des grandes surfaces pour Casinos par exemple et il s'est intéressé à la piscine en faisant d'abord sa propre piscine, en faisant des panneaux béton donc qui étaient très lourds, par contre des piscines qui carlaient, carlaient sur le béton et qui étaient très très bien construites, malheureusement il fallait beaucoup de temps pour construire ces bassins. Jean Desjoyaux a eu la chance d'avoir un fils sensationnel qui lui a développé non plus les panneaux en béton mais des panneaux en plastique et là a été le grand développement de la piscine démontable et construite en une semaine. Ces gens-là ont inondé le marché avec d'autres piscines bien sûr qui étaient des piscines Everblue, des piscines Azur... Et c'est comme ça que le marché français est devenu le numéro 1 en Europe. Je parle de la piscine privée, la piscine collective elle a été plus longue à démarrer et il y a eu dans les années 80 un plan des 1000 piscines et là les municipalités ont eu des aides très importantes de l'État et ont construit ces piscines qui étaient donc un concours où les 1000 piscines, ça représentait environ 3 types de piscines et elles ont été construites très très rapidement en France et là la piscine collective a vraiment été un grand démarrage pour la France et les enfants ont pu apprendre à nager donc pratiquement dans toutes les communes de France.

PKM : Je crois que vous avez vraiment vu défiler plusieurs années dans cet univers, donc il y a eu cette grande période-là jusqu'aux années 80 où on a commencé la démocratisation, selon vous c'était quoi les autres grandes périodes qui ont été marquantes dans le secteur en France ?

RC : Alors il y a eu une période intéressante avec la société Diffazur, la société Diffazur est une petite société au départ qui vendait des adoucisseurs d'eau dans les années 75 par là et elle s'est intéressée au cours d'une réunion qui a eu lieu aux États-Unis à la piscine où le dirigeant de cette société est resté quelques mois à Phoenix pour apprendre à utiliser le canon à béton qu'il a introduit donc en France et la société Diffazur est devenue la société la plus importante de piscines privées et qui a fait ensuite des parcs aquatiques avec bien sûr des campings importants et maintenant cette société est le leader dans la piscine béton qui fabrique entre 500 et 600 piscines par an avec quelques agences en France plus bien sûr les quelques grosses piscines qui sont des piscines de camping et aujourd'hui il n'est pas question d'ouvrir un camping s'il n'y a pas de piscine.

PKM : Oui c'est vrai et du coup après tous ces lancements marqués par des sociétés qui ont justement renforcé le parc de piscine en France on va dire que tout le secteur s'est dynamisé parce qu'il a fallu plus d'équipements, plus de produits pour l'entretien, plus de personnes et c'est tout ce qui a fait qu'aujourd'hui la France est le premier marché européen, deuxième ou maintenant je crois troisième marché mondial et ça c'est assez phénoménal. Et depuis donc les années 2000 où vous avez vendu votre société, vous il me semble que vous êtes resté quand même dans l'univers de la piscine en tant que consultant notamment parce que vous avez quand même une grosse expérience dans la création, la gestion d'entreprises dans le secteur. Depuis les années 2000 comment vous voyez justement l'univers de la piscine en France ? Est-ce que ça s'est stabilisé ? Est-ce que ça a continué selon vous avec justement beaucoup d'innovation ? Comment vous voyez les choses depuis le 21e siècle on va dire ?

RC : Alors il faut dire qu'au début disons qu'on était tous un petit peu des artisans, on cherchait les meilleures solutions d'une part pour construire des piscines, d'autre part il y avait des systèmes de filtration à cartouches, à diatomées, à sable. On ne maîtrisait pas vraiment tous les matériels qui étaient sur le marché et la société Astral qui est une société qui a démarré dans les années 70-72 en Espagne a été une société très importante puisqu'elle a apporté au milieu de la piscine en Europe un matériel assez intéressant tant sur le plan du prix que sur le plan de la qualité. Donc nous avons pu créer quelques écoles où les étudiants venaient et viennent toujours d'ailleurs, parce que ces écoles existent toujours comme Les Bains, comme à Bordeaux, à Pierrelatte. Ces écoles ont permis d'éduquer des artisans dans le milieu de la piscine parce que la piscine est un milieu assez important dans la mesure où il faut connaître les terrains, il faut connaître la construction, il faut connaître la canalisation, la plomberie, l'électricité, le paysagisme. Et c'est très rare d'avoir quelqu'un qui a tous ces atouts.

PKM : C'est un métier complet, il faut être curieux et investir sur tout, c'est vrai ?

RC : Au début bien sûr, il y a eu énormément de gens qui ont déposé le bilan parce que justement les bassins étaient construits d'une façon un peu aléatoire. Néanmoins il y a eu des gens comme Guy Mémin à Lyon, des gens comme Duvers à Bordeaux, des gens comme Cielon d'Azur à Paris qui se sont vraiment investis dans ce milieu-là, avec ces personnes qui étaient aussi des gens, des instructeurs on va dire, parce qu'ils ont participé à des formations. On a créé tout un réseau de pisciniers qui aujourd'hui représentent maintenant le fleuron un petit peu de la piscine en France, où on n'a plus d'artisans qui viennent faire des piscines sans rien connaître. Parce qu'avant il est certain qu'un simple électricien ou un simple maçon pouvait vendre des piscines et c'était toujours des problèmes, des procès. Il a fallu passer par là pour arriver aujourd'hui à des chantiers qui sont vraiment conformes à la législation. Il faut dire une chose aussi très importante, c'est que le ministère de la santé en France dans les années 80 a créé des normes et je pense qu'aujourd'hui ces normes sont référence mondiale et nous avons les meilleures normes qui existent actuellement. J'ai participé il y a quelques années à une réunion en Chine, où la Chine est un très très gros pays, où il y a quand même plus de 300 millions d'habitants qui vivent un petit peu comme nous en France et qui ont des piscines, des piscines privées, mais il n'y a absolument aucune norme et ils se sont adaptés à nos normes françaises. C'est pour dire que la France a été vraiment un moteur, tant sur le plan Europe que sur le plan international, dans tout ce qui est législatif.

PKM : Donc les années 2000 pour vous c'était vraiment les années de la professionnalisation du secteur, que ce soit sur le plan de la formation, sur le plan juridique, sur le plan méthodique aussi, c'est un petit peu ça votre retour ?

RC : Oui en effet, nous qui avions été un petit peu les pionniers de ce métier, moi qui ai démarré dans le traitement de l'eau, d'autres qui ont débarré comme Diffazur dans le génie civil, ont apporté au métier de la formation. Donc nous avons fait de la formation et moi j'ai fait énormément de formations dans tous les réseaux comme Everblue, Florida, Carré Bleu. Les pisciniers étaient tous demandeurs de formation. Jusqu'à il y a quelques années, je continuais à faire de la formation. Et c'est très intéressant parce que les ouvriers qui actuellement font des piscines sont très demandeurs de formation. Ils sont tous pratiquement devenus des très bons professionnels. Donc nous avons en France tout un réseau, puisque nous avons plus de 3 millions de piscines qui sont actuellement installées en France. Le potentiel humain qui s'occupe des piscines aujourd'hui, on peut dire qu'ils sont formés non seulement par les fabricants, mais également par les autorités qui ont en oeuvre des normes et qu'on doit respecter obligatoirement.

PKM : Et à l'international, vous avez aussi observé toutes les évolutions du secteur piscine. Qu'est-ce qui s'est passé sur l'international ? Je pense que la France, d'après ce que vous me dites, a vraiment tiré peut-être l'Europe vers le haut côté piscine.

RC : Oui, sur le plan international en Europe, l'Italie, qui est un très bon secteur puisque l'Italie du Sud, il fait très beau et il y a une grosse demande de piscines également. L'Italie a participé aussi avec des sociétés très intéressantes et très bien formées. L'Allemagne, l'Allemagne a été aussi un secteur très important et tout s'est développé dans les années 80-90. Et en 2000, bien sûr, tout s'est régulé avec des salons en Allemagne, en Espagne et en France, où le salon de Lyon est devenu le premier salon mondial de la piscine. Il est certain qu'avant 2000, bien sûr, on allait tous aux salons aux États-Unis pour prendre un petit peu leur technique. Les Américains nous ont devancés sur le plan technique, mais nous, nous les avons rattrapés.

PKM : Merci Richard pour toutes ces informations sur le secteur et maintenant j'aimerais rentrer un petit peu plus en détail sur vous, votre expérience de créateur et de gérant d'entreprises dans l'univers de la piscine. Quand vous avez créé et géré Hydrochim, est-ce que vous pouvez nous partager peut-être une anecdote ou la situation la plus folle que vous ayez vécue professionnellement, ce qui vous a le plus marqué ?

RC : Chez Hydrochim, moi je m'occupais surtout du traitement de l'eau puisqu'on fabriquait et on conditionnait des produits piscine. Et c'est vrai qu'à un moment donné, et encore aujourd'hui d'ailleurs, il n'y a que le chlore qui est vraiment le désinfectant universel pour traiter les piscines. Même les piscines qui sont traitées dites au sel, le sel passe par une électrolyse et produit du chlore. Donc même les gens qui disent « aujourd'hui j'ai une piscine au sel », ce n'est pas tout à fait exact puisqu'elle est traitée vraiment au chlore. Donc aujourd'hui il n'y a que le chlore vraiment qui permet de désinfecter les autres piscines. Mais par contre dans les années 2000 justement, une société distribuait un produit qui devait révolutionner le marché avec le PHMB. Le PHMB est un produit désinfectant qui servait surtout à désinfecter des salles d'opération, des abattoirs et qui devait justement désinfecter également les piscines. Ce produit a été injecté dans les piscines, bien sûr c'était un très bon désinfectant, mais ce qu'on avait oublié c'est que les bactéries ce sont de la matière et cette matière, à un moment donné il faut l'oxyder, il faut la brûler. Et quel que soit le désinfectant qui va tuer les bactéries ne va pas dégrader la matière. Donc on a assisté pendant des années à ce genre de produit qui était distribué par la société anglaise de renom en chimie, qui était une très très grosse société. Et voilà l'anecdote que je peux citer, c'est que toutes ces piscines à un moment donné sont devenues troubles et quand l'eau devient trouble il est certain qu'on peut difficilement se baigner. Les piscines municipales ont voulu également traiter avec ce genre de produit pour éviter le chlore et il a bien fallu vider toutes ces piscines municipales, ça a été vraiment une époque difficile. Avant que le ministère décide d'interdire ce produit, il y a eu quelques années, et ça c'était une anecdote que nous avons vécue en direct. Alors moi j'ai été assez content parce qu'il a fallu beaucoup de chlore pour rattraper ces piscines, donc on a vendu énormément de produits et ça n'a pas été bénéfique pour les clients, mais pour nous ça a été intéressant.

PKM : En gros vous avez assisté effectivement à un flop, c'est le cas de le dire, sur un sujet qui est très important, parce que la désinfection de l'eau ça touche aussi bien évidemment à la santé des baigneurs, donc il y a eu ce flop de tentative de commercialisation d'un produit, mais en même temps on était dans des années d'expérimentation d'après ce que vous dites, parce que le produit piscine venait tout juste d'apparaître et de se démocratiser.

RC : Voilà, et tout le monde cherchait à remplacer le chlore. Alors le chlore avait à l'époque une très mauvaise réputation parce qu'on employait de l'eau de Javel. L'eau de Javel est un produit qui est très basique, l'eau de Javel dans la piscine crée donc bien sûr une très très bonne désinfection, mais en moins avec des odeurs nauséabondes. Et il a fallu quelques années pour maîtriser toutes ces odeurs-là, et on peut dire que grâce aux industries de la piscine d'une part, dont on faisait partie nous Hydrochim bien sûr, mais également le ministère, on a réussi à trouver des méthodes et mettre en place des systèmes de contrôle où maintenant on a des piscines qui sont très très bien traitées au chlore, et les piscines ne sentent plus comme avant le chlore, et on n'a plus de problèmes, ni de peau, parce qu'on avait des problèmes de peau, des problèmes de verrues, ni d'odeur, voilà. On peut dire qu'aujourd'hui il existe presque 4 500 piscines municipales où les piscines sont vraiment très très bien traitées, et on peut dire aussi que les piscines privées qui sont traitées aujourd'hui à l'électrolyse de sel sont traitées au chlore, et sont très très bien traitées sur le plan médical si j'ose dire.

PKM : C'est incroyable ce que vous nous racontez justement sur toute l'évolution du traitement de l'eau, vous à la base vous aviez une formation de chimiste ou vraiment vous avez appris sur le tas en étant accompagné, en observant aussi toutes les évolutions réglementaires ?

RC : Oui en effet, on a participé à plusieurs réunions au ministère de la Santé, parce qu'on a rencontré à ce ministère des gens qui sont très intéressés, et qui se sont donnés vraiment pour le métier de cette piscine, qui était au départ vraiment un petit métier, qui a évolué d'année en année, grâce aussi bien sûr à l'évolution du climat, il a fait de plus en plus chaud, ce qui fait qu'on a eu des clients qui se sont intéressés bien sûr à la construction de piscines privées, et en parallèle il y a eu un développement avec la piscine collective, surtout dans les hôtels et surtout les campings, car aujourd'hui il n'est pas question de créer un camping si vous n'avez pas une piscine.

PKM : Complètement, Richard vous m'avez dit au début que vous avez commencé votre carrière en 1962, donc aujourd'hui nous sommes en 2026, donc si je comprends bien ça fait près de 65 ans que vous êtes dans l'univers, qu'est-ce qui se passe dans votre esprit quand vous voyez le chemin parcouru ?

RC : Je trouve que c'est merveilleux, c'est formidable, que je recommence très bien, que j'ai rencontré dans ce milieu des gens fantastiques, des vendeurs formidables, parce qu'il fallait d'abord être vendeur pour pouvoir faire accepter l'investissement de ces piscines, donc j'ai rencontré des gens merveilleux qui n'étaient pas simplement vendeurs, qui respectaient leur clientèle. Pour la plupart pratiquement des gens que j'ai connus il y avait des margoulins bien sûr, on a rencontré des margoulins, mais en principe le margoulin il ne reste pas longtemps.

PKM : C'est quoi un margoulin Richard ?

RC : Un margoulin c'est quelqu'un qui vend une piscine sans rien connaître, il fait venir un terrassier qui fait le trou et après qui laisse tomber son client.

PKM : C'est un rigolo, moi j'appelle ça des pinpins.

RC : Voilà exactement, on en a connu beaucoup, il y a eu énormément de dépôts de bilan, on a subi ces gens-là, mais de toute façon il faut des pionniers. Quand on va à une bagarre, quand on va à une bataille, quand on va sur un nouveau marché, on a toujours des gens qui sont plus forts que les autres, qui pensent être plus forts que les autres et qui font beaucoup de bêtises. Par contre, je pense qu'en France, on a eu la chance d'avoir un ministère de la Santé qui a bien suivi l'évolution de la piscine et qui a mis des normes très vite. On s'est également organisé dans la mesure où on a eu un syndicat qui a été créé et qui a été très sérieux. Et maintenant, on arrive à avoir une académie de la piscine, quelque chose de formidable. Mais les premières années, c'était un peu le folklore. Mais ce folklore, malheureusement, qui a été un peu néfaste pour les clients, les pauvres qui ont subi, ça a été nécessaire parce que ça a développé ce métier et on peut uniquement créer quelque chose de très sérieux quand il y a du nombre. Et on a eu du nombre assez rapidement, grâce aussi à ce que j'appelle moi les margoulins.

PKM : Oui, je comprends tout à fait. Et c'est vrai que j'ai l'impression que dans votre carrière, le sérieux, c'est une valeur qui vous a apporté et qui vous a accompagné. Je pense que c'est peut-être venu naturellement pour vous, puisqu'effectivement, le fait de commercialiser des produits chimiques, on a quand même la santé des gens entre les mains. Donc le sérieux, c'est une valeur primordiale. Au-delà de cette valeur-là, est-ce qu'il y a d'autres valeurs qui vous ont porté dans votre carrière pendant toutes ces années ?

RC : Ça a été des valeurs humaines. J'ai rencontré des gens merveilleux dans ce milieu, des gens qui venaient de toutes parts.

PKM : La dernière fois, vous m'aviez dit que la confiance et le respect de ses salariés, c'était important.

RC : Oui, en effet, on a eu dans notre corporation tout un tas de personnes qui sont venues de tous les secteurs. Vous aviez des vendeurs de trousseaux. Les trousseaux, c'était les gens qui vendaient dans des fermes des draps, tout un tas de produits qui venaient d'usines et qui étaient d'excellents vendeurs et qui se sont reconvertis ensuite en vendeurs de piscines. Et il a bien fallu avoir ce genre de personnes pour vendre des piscines. Ensuite, il a fallu des gens beaucoup plus sérieux comme Jean-Pierre Pech, qui est un ingénieur et qui est rentré dans notre milieu et qui nous a apporté beaucoup sur le plan technique, sur le plan de la formation. Et chacun d'entre nous, dans notre spécialité, on faisait des formations régulièrement chez les pisciniers. Moi, je le faisais sur le plan du traitement de l'eau. D'autres le faisaient sur le plan, comme Diffazur par exemple, sur le plan de la construction ou Desjoyaux. Et ensuite, on a eu des gens comme Walter, par exemple, qui ont fait des piscines à tôle ondulée, qui au départ nous paraissait complètement déjanté. C'était un vendeur d'administrateurs d'eau en Alsace. Il s'est mis à faire sa première piscine comme ça et il a inondé le marché en France et c'était d'excellentes piscines. En plus, il a apporté le sérieux alsacien, les Walter par exemple. Au départ, tout le monde plaisantait en disant que c'était vraiment un bidon. Et aujourd'hui, on s'aperçoit que c'est une excellente technique. Donc, on a rencontré dans ce métier des gens fantastiques qui sont venus de très loin et qui ont apporté, comme le fils Desjoyaux d'ailleurs, des techniques très innovantes et à des prix, disons, assez bas pour envahir le marché.

PKM : Si je comprends bien, l'univers de la piscine, pour vous, c'est avant tout une histoire de connexion d'hommes et de femmes impliqués et passionnés.

RC : Absolument, vous avez tout à fait raison, c'est tout à fait ça. Ça a été des gens très, très passionnés. Aujourd'hui, maintenant, c'est beaucoup plus structuré. On a maintenant des sociétés qui embauchent des ingénieurs, des ingénieurs de travaux publics, des ingénieurs en hydraulique. Et puis, comme de plus en plus, on va sur tout ce qui est régulation automatique, on est obligé d'avoir des gens maintenant.

PKM : C'est des profils différents maintenant.

RC : Voilà, avec la bonne volonté, on ne peut pas tout faire, c'est sûr. Voilà, c'est pour ça que notre groupe en France est très organisé et a créé également indirectement les métiers de la piscine en Allemagne, en Hollande, en Italie. On a apporté beaucoup en Espagne, bien sûr. La France a été vraiment moteur dans ce métier-là.

PKM : Et quel conseil donneriez-vous au Richard de ses débuts ?

RC : Eh bien, de recommencer exactement la même chose. C'est-à-dire, on ne peut rien faire tout seul. Tout seul, vous êtes dans un beau bureau peut-être, avec un beau stylo. Il faut avoir des collaborateurs qui participent avec vous au développement de la société. Pour ma part, j'ai créé donc cette société tout seul et je l'ai vendue avec 220 personnes. Ce qui fait que ça a été pour moi une véritable victoire parce que tous les gens que j'ai embauchés, que j'ai connus, que j'ai formés et qui m'ont formé aussi parce qu'on reçoit également des informations de toutes parts. J'ai obtenu moi aussi bien du personnel féminin que masculin parce que j'avais des chimistes, j'avais beaucoup de manipulateurs et des gens qui travaillaient donc très très dur à l'emballage, donc des différents produits, au conditionnement. Et j'ai obtenu vraiment des gens merveilleux. S'il fallait recommencer, je recommencerais exactement ce que j'ai fait parce que ça a été un enrichissement personnel merveilleux. En plus de ça, j'ai connu des gens comme Loïc, par exemple. Loïc Biagini qui, au départ, à Villejuif, a créé avec M. Ledoux la première revue piscine qui a donné tout un tas d'informations. Et non seulement elle a donné des informations commerciales, mais dans chaque revue, il y avait une place pour des gens qui donnaient des informations techniques, comme Guy Mémin, par exemple, qui a participé énormément, lui était ingénieur, il avait des connaissances et il a réussi à diffuser ses connaissances. Et chacun a apporté sa pierre à ce métier qui est aujourd'hui un vrai métier.

PKM : Merci Richard pour ces partages de valeurs humaines et pour nous rappeler au fait que le collectif fait la force et que dans un secteur, c'est important de s'appuyer sur les moments de rencontres, d'échanges, sur le lien humain qui nous permet en fait ensemble d'avancer. Pour finaliser cet épisode, je vais vous laisser le mot de la fin, Richard.

RC : Alors le mot de la fin, la profession aujourd'hui qui est très bien organisée, continue à s'instruire et à participer aux différentes formations. D'une part des sociétés qui deviennent de plus en plus organisées, puisque nous avons des sociétés internationales maintenant en France et à l'étranger bien sûr, qui forment la clientèle, mais également que des sociétés qui construisent des piscines envoient leur personnel dans les différents lycées qui existent, puisqu'il existe 5-6 lycées en France, et nous avons une équipe de formateurs fabuleux, très bien instruits et qui donne cette formation. Il doit y avoir 5-6 lycées professionnels, et il n'y a que par là que nous pourrons obtenir des gens très bien formés.
Sans oublier Pierrelatte bien sûr, qui est un très gros lycée.

PKM : Merci Richard pour ce moment passé ensemble, j'espère que vous avez passé un bon moment et je vous dis à très bientôt.

RC : À très bientôt et merci de votre participation.

PKM : « Ensemble, on va plus loin », c'est la phrase qui m'est rapidement venue quand j'ai repensé à mon échange avec Richard. J'espère que cet épisode vous aura appris des choses sur le secteur de la piscine et que vous aurez passé un agréable moment en notre compagnie à Richard et moi.Je vous dis à très bientôt dans un prochain épisode.
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